dictionnaire de toponymie

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En 1998, Denis Jeanson publiait :

Dictionnaire topographique Centre Val de Loire

sous 2 formes :

Version papier en 12 volumes, chacun ayant une moyenne de 550 pages.

Version informatisée. Un CD-Rom. Environ 100 Mo.

La zone couverte dans ce dictionnaire correspond aux 6 départements de la Région Centre.

Ce dictionnaire reste l’un des monuments les plus originaux de la production littéraire de notre Région.

Pourquoi cette région ? Elle résume la France.

Politique. Le Val de Loire fut un des sièges privilégiés de la Royauté avant son installation définitive à Paris sous François 1er.

Économique. La Région centre connut jusqu’au début XIXe s., l’assolement triennal, pays de grande culture, la Beauce, et biennal, pays de petite culture, tout le reste.

Social. Le chevelu des rivières favorisa dès l’époque pré-celtique l’implantation de l’habitat :

Genabum, gaulois, devint Orléans, latin.

Caesarodunum, latin, création militaire au coeur de la peuplade des Turons, vers 25-30 après Jésus-Christ, devint Cité des Turones, faux retour au gaulois. Cas atypique : Tours devint la capitale administrative, mal implantée dans la Varenne, alors que cette peuplade en avait déjà 4 mieux situées : Amboise et Langeais sur la Loire, Chinon sur la Vienne, Loches sur l’Indre.

Introduction.

Elle est volontairement pluridisciplinaire.

Étude philologique des mots certes, qui débouche sur l’analyse de l’implantation de l’habitat (lieudit bâti), de l’évolution du paysage et de l’économie (lieudit non bâti). Et c’est là une des grandes originalités de ce dictionnaire.

Bois au XVe s., pré au XVIIIe s., vigne au XIXe s. Comme à Bourgeuil, Indre-et-Loire.

Champ au XVe s., jachère au XVIIIe s., terrain inculte au XIXe s. Comme en Brenne.

L’homme adapte le paysage à ses besoins. Depuis 1900, les faubourgs des villes les plus importantes s’urbanisent. La date d’implantation des voies publiques et privées aide à comprendre le phénomène.

Denis Jeanson analyse, explique, date, émet parfois des hypothèses que d’autres plus imaginatifs et plus savants comprendront d’une autre façon. Sans état d’âme.

Quelques hypothèses apparaissent dans ces 160 pages de présentation.

La villa gallo-romaine est à l’origine de la paroisse. D’où cette obsession des monuments religieux, en place ou disparus, pour comprendre le phénomène : 1 villa = 1 paroisse.

Analyse des 2.000 noms d’origine pré gallo-romaine et gallo-romaine qui datent les villae et par voie de conséquence les flux migratoires de population. En fait le chef-lieu des paroisses, origine des communes. La partie la moins originale, puisque surétudié depuis 1850 par Auguste Longnon, Albert Dauzat, etc.

Analyse de la création et de la disparition des paroisses, que Denis Jeanson rapproche de la fusion des communes depuis 1810.

Analyse de l’évolution des domaines gallo-romains qui donnèrent naissance au fief ; création et fusion des fiefs, des arrière-fiefs. Comprendre l’évolution de l’économie puisque le juridique s’appuie sur l’économique. Un chantier où les feudistes du XVIIIe s. n’y retrouvaient déjà plus leurs petits.

Intégration des ordres religieux.

Aujourd’hui comme hier, les bénédictins vivent comme des rentiers ; ils fondèrent le plus souvent leurs prieurés lorsqu’ils devinrent propriétaires de l’église paroissiale.

Aujourd’hui comme hier les 4 ordres de Mendiants travaillent pour vivre.

Aujourd’hui comme hier les Jésuites se fondent dans la société pour mieux la diriger, en y laissant le moins de trace visible : la résidence est sans façade ; le collège forme les hommes, sinon les chrétiens, de demain.

Tout se lit, se découvre, se dévoile dans la toponymie.

De cette introduction, il faut retenir :

Le toponyme a 2 fonctions : indiquer qui est propriétaire de la parcelle (non bâti), où habite le propriétaire (bâti).

D’où la fréquence des nom de personne de l’époque pré-celtique au XXIe s. dans le bâti : nom de personne gaulois, latin, germanique, français, illustre qui embellit les rues ; et ce avec d’autant plus de force que la communauté taisible berrichonne, connue depuis le XIIIe s., intégrée aux Coutumes de Berry, résista jusqu’en 1847. Le code civil dut plier.

Albert Dauzat recommandait dès 1910 l’étude des patronymes à l’origine des toponymes. Denis Jeanson creuse un peu plus ce sillon.

L’origine du toponyme non bâti résulte toujours d’une situation atypique dans un paysage donné :

La Grosse Pierre dans un terrain plat.

Le gibet, la potence, le pilori pour indiquer à quelle justice la personne a à faire : basse, moyenne, haute, châtellenie.

La couture, un champs de blé parmi d’autres cultures plus importantes.

La touche, en limite de paroisse, pour indiquer un bois au milieu d’un défrichement.

Le clos, la vigne, le vignoble pour le vin.

Le cours d’eau engendre la prairie, le pré ; le plateau appelle plutôt le champ.

Texte.

Ce dictionnaire analyse plus de 180.000 toponymes de forme simple ou complexe.

Le classement alphabétique tient compte des seuls substantifs ou groupes sémantiques substantivés. Lorsque le nom est très répandu dans la Région, chaque article se divise de la même façon.

Les voies urbaines se trouvent sous leur nom propre.

Ex. : avenue, boulevard, cul-de-sac, impasse, passage, place, rue Jean-Jaurès se trouve classé à Jean-Jaurès.

Les voies rurales et urbaines se trouvent sous le nom de la voie.

Ex. : allée, chemin, cour, cours, promenade, route, sentier Jean-Jaurès se trouve classé à allée Jean-Jaurès, chemin Jean-Jaurès, etc.

Les lieux-dits religieux tiennent compte de l’adjectif saint dans le classement.

Exemples.

Poirier. n. m. 1150. Variante : Poirié, Poirrier. Bas latin pirus = poirier. (FEW, VIII, 574a). Le domaine est symbolisé par l’arbre qui caractérise sa production. Enseigne commerciale. Employé comme complément de nom ou au pluriel, poirier peut donc désigner la propriété de Poirier ou de la famille Poirier, les terres autour du domaine appelé Poirier, un lieu où cet arbre abonde, naturellement ou en culture. En 1150, perier est la 1re attestation connue de poirier ; d’où la confusion entre perier = poirier et perrier = terrain pierreux ou ruines, pierrailles revêtues de végétation. En agglomération, poirier peut s’expliquer par le latin emporium = marché, qui aboutit régulièrement à empoirier, et, par aphérèse et contraction de l’emporier, à le poirier. Nom de personne dès le XIVe s.

A - Nom employé absolument.

18 Le Poirier. Cne d’Allogny. Le Poirier, 1828 (Cadastre) ; Le Poirier, 1936 (Cadastre).

B - Nom suivi d’un nom de personne, propriétaire ou tenancier primitif.

18 Le Poirier-Barbot. Cne de Cornusse. Le Poirier Barbot, 1834 (Cadastre) ; Le Poirier Barbot, 1934 (Cadastre).

C - Nom suivi d’un nom de saint.

28 Le Poirier-de-Saint-Gilles. Cne de Mévoisins. Le Poirier de Saint Gilles, 1831 (Cadastre).

D - Nom suivi d’un nom de lieu ou d’état.

18 Le Poirier-d’Aunoy. Cne d’Argent-sur-Sauldre. Le Poirier d’Aunoy, 1817 (Cadastre) ; Le Poirier d’Aunoy, 1955 (Cadastre).

E - Nom précédé ou suivi d’un adjectif.

18 Le Poirier-Aigre. Cne de Blancafort. Le Poirier Aigre, 1817 (Cadastre) ; Le Poirier Aigre, 1958 (Cadastre).

Ici, il n’y a pas évolution du sens du mot, mais confusion possible entre plusieurs origines.

Auge. n. f. 1080. Variante : Eau. D’abord récipient ; en 1268, bassin pour donner à boire aux animaux ; en1446, pétrin ; en 1567, récipient de diverses formes pour différentes fonctions. En toponymie : bassin, lit d’un cours d’eau.

18 Les Auges. Cne d’Ourouer-les-Bourdelins. Les Auges, 1834 (Cadastre) ; Les Auges, 1945 (Cadastre).

La variante Eau est répertoriée dans Godeffroy, Dictionnaire d’Ancien Français. Les 2 sens restent possibles et viennent de 2 origines différentes.

Courtine. Vers 980. Bas latin cortina = rideau, dérivé du latin cohors, réduit à cors = domaine rural ; calque sémantique du grec aulaia = tapis, tenture, dérivé de aulê = cour, transcrit en latin classique aulaeum ou aulaea. D’abord rideau ; en 1572, courtine prend le sens de mur rectiligne compris entre 2 bastions, terme de fortification employé par analogie avec le rideau tendu entre 2 points d’accrochage. En toponymie, courtine dérive de court = domaine rural, par l’intermédiaire de son diminutif courtin, qui devint un nom de personne dès le XIVe s. ; le féminin sous-entend terre.

18 La Courtine. Cne d’Argenvières. La Courtine, XVIIIe s. (Carte de Cassini) ; La Courtine, 1829 (Cadastre) ; La Courtine, 1847 (B.N.-Ms Français 9844) ; La Courtine, 1954 (Cadastre).

Le mot latin est à l’origine de 2 sens en français. Courtine au sens de rideau ou de mur rectiligne est peu probable. Le nom d’homme courtin est plus raisonnable ; le toponyme s’explique ainsi : la terre qui est la propriété d’un homme appelé Courtin. S’il s’agit d’un fief, ou si le texte indique un origine postérieure à 1572, l’idée de défense, donc de château, est plus probable. Ici courtine a pour origine un nom de personne plutôt qu’un substantif.

Grâce au 1er chiffre de chaque mot, numéro minéralogique de chaque département, ici 18 = Cher, ce dictionnaire fait apparaître les mots propres à chaque ensemble de culture : champtier en Beauce, clos dans la vallée de la Loire, etc.

Ce qui est commun à ces exemples.

Nom. Nom commun, masculin ou féminin, nom propre. Date. Variante le cas échéant. Origine. Sens du mot. S’il y a lieu : synonyme, homonyme.

Le nom provient du cadastre, de la carte de Cassini dont les variantes reproduisent la prononciation indigène, des actes notariés, judiciaires et administratifs, des chartes. Quelques études originales publiées sont prises en compte, plus particulièrement pour le Loiret, les originaux ayant brûlé.

La date, l’origine et le sens proviennent :

- des toponymes de la Région Centre ou d’autres régions. La date est indiqué dans le corps du texte des exemples, dans son ordre chronologique.

- des actes notariés et judiciaires qui donnent des équivalences de sens. La date est mise dans le corps du texte, dans son ordre chronologique.

- du dictionnaire d’Ancien Français de Godeffroy. La date est mise en vedette, sans indication d’origine.

- du FEW : Walther von Wartburg, Französisches Etymologisches Wörterbuch. La date est mise en vedette, sans indication d’origine.

Chaque exemple est référencé, moins pour paraître sérieux que pour favoriser le dialogue : chaque lecteur peut contrôler la source, la discuter, augmenter les exemples.

Pour conclure.

La recherche de la variante la plus ancienne du toponyme devrait prendre plusieurs décennies.

Lorsque le nom est pauvrement seul, il s’agit d’une impuissance de Denis Jeanson. Hapax, pas de variante trouvées, absent de tout dictionnaire connu, les raisons sont multiples. Ce dictionnaire reste donc ouvert aux travaux ultérieurs pour une version corrigée et augmentée.

Lecteur, à tes dates.

Publié dans toponymie

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SENTENAC guy 11/07/2020 10:44

Dès le départ, une grosse erreur: Eure-et-Loir et non Eure-et-LoirE, il s'agit de la rivière Loir et non du fleuve.