antisémitisme chrétien

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Antisémitisme chrétien

 

Historique

Nouveau Testament

La communauté chrétienne s’opposa aux pharisiens, et par voie de conséquence au juif, pour des raisons de foi, certes, mais surtout de clientèle.

Parmi les communautés juives, les pharisiens et, sans doute les disciples de Jean le Baptise, croyaient à la Résurrection, comme les chrétiens. Mais chacune de ces communautés interprétait ce mot dans un sens qui lui était particulier.

Les disciples de Jean le Baptiste disparaissent des Écritures après la mort de leur maître. Soit par assimilation avec les Esséniens, soit par dispersion. Le mystère reste entier.

Comme le rappelle le texte Actes des Apôtres, ch. 23, les pharisiens croyaient à la résurrection des morts, à la manière des 7 frères martyrs des Maccabées :

 Quand le 1er eut ainsi quitté la vie, on amena le 2d au supplice. Près lui avoir arraché la peau de la tête avec les cheveux, on lui demandait :

Mangera-tu du porc plutôt que de subir la torture de ton corps, membre par membre ?

Mais il répondit dans la langue de ses pères [hébreu, déjà une langue morte, plutôt que l’araméen, langue domestique] :

Non !

C’est pourquoi lui aussi subit les tortures l’ne après l’autre.

Au moment de rendre le dernier soupir, il dit :

Scélérat, que tu es, tu nous exclus de la vie présente, mais le roi du monde, parce que nous serons morts pour ses lois, nous donnera une revivification éternelle de la vie (2 Maccabées 7/7-9).

D’où l’application stricte de la loi dont rendent bien compte :

- les 17 passages où Matthieu les cite, chapitre 5, 12, 15, 19, 21, 23 et 27.

- les 9 passages de Marc, chapitre 2, 7, 8, 9 et 10.

- les 29 passages de Luc, chapitre 5, 6, 7, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18 et 19

- les 23 passages de Jean, chapitre 1, 3, 4, 7, 8, 9, 11, 12, 18 et 19.

Les Actes les citent 4 fois, chapitre 5, 15, 22 et 26, au sujet de Gamaliël, le juste parmi les jutes, le maître de Paul, et 3fois pour expliquer la différence entre les pharisiens et les sadducéens : chapitre 4, 5 et 23.

Ces attaques violentes doivent se comprendre par rapport à la 1re communauté chrétienne d’origine juive, chez Matthieu et à son expansion autour du bassin de la Méditerranée chez Luc et dans les Actes des Apôtres. En tenant compte du fait que les pharisiens sont à l’origine de la mutation de la religion juive dès 70, après la destruction du temple de Jérusalem : de cultuelle, avec les prêtres pour l’offrande d’animaux, à domestique, sous l’autorité du père de famille ou de son représentant, par la prière personnelle.

Sous le mot de résurrection se cachaient 3 conceptions :

- pour le pharisien, le respect de la loi sur terre conduit à vivre éternellement.

- pour le chrétien, la résurrection de Jésus donne une base objective à sa résurrection personnelle.

- pour le grec, libérée du corps, l’âme va vers l’immortalité.

La résurrection chrétienne s’oppose donc à celle du pharisien décrite dans 2 Maccabées 7 et à celle du grec comme l’expliquent Luc dans les Actes et Paul dans ses Lettres.

Pas facile d’imposer cette nouvelle conception quand le point de départ est un juif nommé Jésus et que la communauté chrétienne est vécue comme une secte judaïsante.

Ainsi s’explique 2 passages de l’Écriture.

Sachant que l’assemblée était en partie saducéenne et en partie pharisienne, Paul s’écria au milieu du Sanhédrin :

Frères, je suis pharisien, fils de pharisien ; c’est pour notre espérance, la résurrection des morts, que je suis mis en jugement.

Cette déclaration était à peine achevée qu’un conflit s’éleva entre pharisiens et sadducéens et l’assemblée se divisa. Les sadducéens soutiennent en effet qu’il n’y a ni résurrection, ni ange, ni esprit, tandis que les pharisiens en professent la réalité. Ce fut un beau tapage. Certains scribes du groupe pharisien intervinrent et protestèrent énergiquement :

Nous ne trouvons rien à reprocher à cet homme. Et si un esprit lui avait parlé ? ou bien un ange ? (Actes 23/6-9).

Le lendemain, jour qui suit la Préparation [vendredi], les grands prêtres et les pharisiens se rendirent ensemble chez Pilate.

Seigneur, lui dirent-ils, nous nous sommes souvenus que ce séducteur a dit de son vivant :

Après 3 jours, je ressusciterai. Donne donc l’ordre que l’on s’assure du sépulcre jusqu’au 3e jour, de peur que ses disciples ne viennent le dérober et ne disent au peuple : Il est ressuscité des morts. Et cette dernière imposture serait pire que la 1re (Matthieu 27/6264).

Si le texte des Actes montrent l’opposition à l’intérieur du peuple juifs, Paul devant en savourer tout le sel, le texte de Matthieu lui est propre et reflète la polémique entre les pharisiens, juifs orthodoxes, et les chrétiens, la secte à combattre.

Philosophique et non pas religieuse, la position du grec tient peu de place dans les Actes et se développa surtout chez les Pères de l’Église pour justifier raisonnablement la double résurrection, celle de Jésus et celle de l’homme.

Consacrée par les Écritures, ce mépris des pharisiens se transforma en mépris du juif dans le monde chrétien occidental, par simple transfert, application irraisonnable mais justifiable par l’Écriture.

Histoire

Sans oublier les actes de foi ou autodafés espagnols et portugais, la France reste un cas d’école.

Moins célèbre que l'anéantissement de l'ordre du Temple, Philippe le Bel entreprit aussi celui du judaïsme en confisquant les synagogues et les biens de cette communauté. A titre d'exemple, voici 3 textes :

La Synagogue-de-Dun-le-Roi. Cne de Dun-sur-Auron. Vidimus et confirmation de l’adjudication après enchères du 8 février 1308 [acte en français] par Hugues Gouhaut, bailli de Bourges, à Jean de Patinges, de la Synagogue de Dun le Roy, sise dans le pourpris du chasteau, pour le prix de 11 livres tournois, qui seront rendues par led. Hugues dans les comptes des biens des juifs, février 1310 (A.N.-JJ 41, fol. 103, n° 192 = 42B, fol. 91, n° 191).

La Synagogue-de-Janville. Cne de Janville. Adjudication à Jean Le Grand, de la Synagogue de Yenville, avec 2 places en dépendant, la 2de appelé la Miquerie, janvier 1313 (A.N.-JJ 48, fol. 95 v°, n° 167).

La Petite-Synagogue-d’Orléans. Cne d’Orléans. La Petite Synagogue des juifs, sise à Orléans, 4 avril 1307 (A.N.-JJ 44, fol. 23-24, n° 37, vidimus de décembre 1317).

Au nom de ses difficultés financières, certes, mais aussi de gouvernement : une foi, une loi, un roi.

Malgré l’Édit de Nantes et sa révocation par l’Édit de Fontainebleau en 1685, simple lutte fratricide entre chrétiens, ce principe politique resta légalement en vigueur jusqu’à l’Édit de Versailles du 7 novembre 1787, enregistrée au parlement de Paris le 29 janvier 1788. Louis XVI faisait un pas dans la voie de la tolérance en accordant l’état civil aux protestants et aux juifs, et par voie de conséquence tout acte juridique concernant leur vie personnelle et publique. Mais pas la liberté de culte. Ils redeviennent ainsi des sujets à part entière. Les déclarations sont faites devant le juge civil ou devant le curé, mais les funérailles se font dans un cimetière particulier et elles doivent rester discrètes. Les mariages antérieurs et les enfants qui en sont nés peuvent être légitimés devant le juge. Toute fois le parlement de Metz se distingua en en excluant les juifs, trop nombreux dans la région. Cette ordonnance niait donc toute reconnaissance de religion en dehors de la religion chrétienne et romaine, mais fut une étape importante dans la pacification religieuse du royaume. Elle interdisait toute persécution officielle.

Chacun sait que du légal au sociétal, il y a un temps.

Continuité dans cette évolution historique, le Français eut toute facilité pour accepter les lois de l’État Français sur les juifs.

La loi sur les dénaturalisations date du 22 juillet 1940. Le premier statut des Juifs, qui exclut ceux-ci de la fonction publique et des fonctions commerciales et industrielles, date du 3 octobre 1940, tandis que le second statut, qui oblige à l'immatriculation des entreprises juives et exclut les Juifs de toute profession commerciale ou industrielle, date de juillet 1941. La loi du 4 octobre 1940, promulguée simultanément avec le Statut des Juifs, autorise l'internement immédiat des Juifs étrangers.

Les lois régissant le statut des Juifs étaient différentes suivant que la zone était annexée par l'Allemagne, occupée ou dépendante du régime de Vichy. En zone libre, le régime différait aussi selon la nationalité des personnes entre les ressortissants des pays annexés par le Reich (Pologne, Tchécoslovaquie, Autriche, etc.), les autres étrangers et les Français. Statut que copie, pour d’autres motifs, l’espace Schengen, convention du 14 juin 1985 et traité d’Amsterdam du 2 octobre 1997.

Pour conclure, les lois promulguées sur les propos antisémites, fin XXe et début XXIe s., prouvent à l’évidence l’antisémitisme latent du Français, dans sa conception de vie.

 

Passage de la foi religieuse au politique

Si le fondement antisémite du chrétien trouve une justification historique dans la polémique qui exista entre les communautés pharisienne et sadducéenne juives, d’une part, et la communauté chrétienne primitive d’autre part, le passage du religieux au politique est plus difficile à comprendre.

Comme pour l’anéantissement de l’ordre du Temple, il existe des raisons financières. Par exemple, seul le non chrétien, concrètement le juif, pouvait pratiquer le prêt de l’argent à intérêt. La société devant s’en servir pour son économie, les juristes le recouvrirent d’autres hermines : hypothèque, bail à rente, etc. Le tour est joué, la réalité subsiste.

Mais la raison principale semble la création et le maintien de l’unité du Royaume : un dieu, un roi, une loi. La peur incontrôlée et viscérale de l’étranger chez chaque membre des 3 Ordres.

Sigmund Freud écrivait clan dans Totem et Tabou.

denis jeanson

www.denisjeanson.fr

Publié dans théologie

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