Jubé de la cathédrale Saint-Étienne de Bourges. Historique

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linkDocuments graphiques.


1er document.

Jean Colombe, Très Riches Heures du duc de Berry. Œuvre achevée en 1485.
Installé à bourges, cet artiste choisit pour cadre de plusieurs de ses scènes, un décor inspiré par les monuments de la ville.
Une scène secondaire figure un clerc dans une église dont l’élévation représente schématiquement la nef principale de la cathédrale de Bourges et ses 3 niveaux de verrières. Au fond, se dresse la partie gauche du jubé, réduite à un niveau d’arcades étroites couronné d’une frise où figure la flagellation de Jésus Christ, positionnant le jubé à l’intérieur de la nef, la dernière travée de la façade à gauche ne faisant pas saillie dans le bas-côté (Musée Condé, de Chantilly).


2e document
.


Croquis d’Etienne Ange Martel, dit Martellange, daté 1615. Vue intérieure de la cathédrale.
Le père jésuite suggère plus l’élévation de la cathédrale, qu’il n’en présente le détail. Au jubé, il donne l’aspect d’une suite régulière d’arcades interrompue, au centre, par une arcade plus large conduisant visiblement à la porte du chœur ; la frise continue couronne le tout, sommée en son centre du crucifix installé fin XVIe s.


3e et 4e documents.
Gravures de 1676 et de 1734, publiées dans les Bréviaires à l’usage de Bourges.
Ces gravures suggèrent un monument assez semblable à celui que représente Etienne AngeMartellange.
En apparence plus précises, elles donnent en réalité une représentation approximative : dessin inexact du triforium, écrasement des voûtes et des arcs de la nef. Comme le croquis de Martellange, ces gravures restent imprécises sur le nombre total des arcades du jubé, elles en suggèrent 9, et sur ses limites latérales.


Documents écrits
.


Le siège de la ville de Bourges en 1562 par les Huguenots, conduit à des mutilations dans la cathédrale.

Gilles Chauvet, témoin oculaire, raconte : ils rmpirent et brisèrent à coup de marteaux tous les images, autels et orgues qui étoient esdites églises (Journal, publié par Hiver de Beauvoir, 1867, t. I, p. 149). Au jubé, les sculptures figurées semblent avoir été décapitées, voire détruite, et les autels placés devant lui, supprimés. Le chapitre attendit 1653 pour envisager des réparations de grande ampleur au jubé. D’où le devis qui suit.


1653
. Estat de ce qu’il fault faire au jubé de l’église de Bourges.


Premièrement, blanchir au fert toutes les figures qui sont audict jubé,tant celles des 2 costés représentant la trahison de udas, les Limbes et enfers, que celles qui sont au devant de l’hostel du cœur contenant l’histoire de la mort, passion et sépulture de Jésus Christ et encore les apotres qui sont au desoubz.

2° Reblanchir au mesme fert toute la fasade dudict jubé, à la réserve des chapiteaux qu’il sera obligé nettoyer en sorte qu’ils puissent estre dorés.

3° Refaire générallement tout ce qui se trouvera de mutillé ausdictes figures, ornemens et arcade et les rendre conforme à l’antien dessin le plus exactement que faire se poura.

4° Mettre du fert ès lieux où il sera besoin d’appliquer ou joindre le plastre en sorte qu’il puisse résister et tenir ferme.

5° Faire mettre à ses despens des vers de France figurés et dorés selon l’antien dessin partout où besoin sera et ainsy que cy devant ils ont esté.

6° Poser et mettre des pierres au desoubz du grand crucifix et les tailler en sorte qu’elles parfacent l’ornement commencé et qui avoit esté destruict.

7° Faire quelques figures de basse taille entre le Christ falgellé et les 2 boureaux pour remplir le huide quy paroist comme aussy ès costés d’une femme proche Pilate sy ainsy on le juge à propos.

8° Faire à neuf le crucifix qui est au desus de la porte du cœur et au besoubz du grand crucifix, proportionné à la croix et aux figures qui l’environnent de boix ou plastre aux choix de messieurs de l’église.

9° Dorer les chapiteaux de 14 colonnes qui font l’enceinte dudict jubé.

10° Dorer le groz cordon quy est posé sur les chapiteaux en dehors des arcades, ensemble les bouillons qui sont ès environs.

11° Plus, dorer 2 baguettes qui sont de la grosseur d’un doigt dens l’arcade.

12° Plus, dorer une grosse baguette au desus de la teste des apotre avec le reste de la grosse moullure quy est demy pied au desus de ladicte baguette de largeur d’environ d’un demy poulce.

13° Azeurer ou rougir de couleur fine le reste de la plainte à la vollonté de mesdictz sieurs.

14° Dorer rout le platfond qui est derrière les figures des apostres dans l’interval des vers quy seront posés et repasser quelques traits de lac ou autre couleur autour des vers.

15° Dorer les 2 baguettes qui enferment les feuillages de la corniche, ensemble lesdicts feuillages et en azurer le fondz.

16° Dorer encore 2 filletz qui terminent la corniche par le devant et continuer le tout jusques au frontispice qui est entre les 2 crucifix.

17° Mettre des fiiletz d’or aux mouslures des 2 sépulcres [Les Gardiens endormis, L’Ange et les Saintes Femmes devant le tombeau vide] qui sont audict jubé.

18° Azurer la voulte qui est soubz le jubé et parcemer d’estoille d’or, raccomoder 2 anges qui sont au desus de la porte du cœur.

19° Mettre 4 roze de plastre de basse taille entre les püliers et arcades qui sont joignant le cœur conformément à celles qui sont pozées au costé droit.

19bis Peindre généralement toutes lesdictes figures du jubé de couleurs fines et convenable tant pour la carnation que draperie avec quelques feuillages et fisletz d’or comme il paroist avoir esté autrefois.

20° Dorer les mufles ou figures de bestiaux qui servent de cul de lampe au desoubzz des piedz des apostres tant au devant qu’aux 2 costés dudict jubé.

21° Peindre les autres chapiteaux, arcade et clefz de la voulte dudict jubé de masicot fin ou or piman au choix de messieur et encore toutes les colonnes de jaspe ou marbre sy bon semble à lesdicts sieurs, lesquelz néanmoins ledict entrepreneur ne sera tenu de less refaire s’il s’en trouvoit de rompues.

22° Et pour faire toute ladicte dorure, fera des couches de couleur suffisament et qui seront visitées par gens à ce cognoissans.

23° Sera obligé de faire ung modelle en terre de toutes les figures de la face du jubé.

24° Relaver le grand crucifix et vernir, blanchir le linge et dorer le bord cy besoin est.

25° A la face du petit orlage qui regarde la nef, peindre le fondz de sinabre en huille, laver la monstre et rafreschir de couleur où besoin sera, mettre des filletz d’or aux moullures de ladicte face, refaire les 2 lettres d’or avec les palmes et remettre les 3 autres come elles estoient de bon masicot et fondz d’azur et le faix de coulleur d’ardoize ou plomb tirée en escaille ou autrement, comme aussy faire ung fillet aux 4 quars de masicot et le pinacle de même et générallement rendre toute la besogne cy desus faite et parfaite dans la Feste Dieu prochaine, au jugement de personnes à ce  cognoissans (acte Thiolat-Bourges-E 5128).


Ce texte informe d’abord sur la nature des réparations :

consolidation au fer et au plâtre des réparations fragilisées,

remplacement des plaques de verre peint et doré qui ornaient les fonds des reliefs,

restitution des figures détruites, avec obligation de créer un modèle au préalable

rénovation de la polychromie.


Les chanoines Ignace Heurtault et Etienne Gassot en supportèrent la dépense et se donnèrent ainsi le droit de faire peindre leurs armes, avec celles de leur doyen Labbe, sur les boucliers des gardiens endormis au saint Sépulcre.

Jean Thierry, sculpteur, requis pour ce travail, termina son œuvre avec 4 mois de retard.

Publié dans architecture

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